À chaque génération son exposition nationale

Il y a des choses qui ne sont pas téléchargeables. Comme l’odeur du bois fraîchement scié par exemple. Ou le léger malaise ressenti lorsque l’on est assis en face d’une personne qui a une opinion différente mais ne s’en va pas. Les expositions nationales font partie de ce genre d’expériences. Elles ne sont pas une application que l’on actualise mais plutôt une table à laquelle on s’assied.

 

La Suisse a fabriqué des tables similaires à intervalles réguliers. Non par nostalgie mais par nécessité. Chaque génération a besoin de son exposition nationale parce que le pays change, discrètement, continuellement, et parfois de façon contradictoire. Et parce que la cohésion n’est pas un état mais un exercice. Si elle n’est pas entretenue pas, elle est perdue.

 

A l’heure où les rencontres se réduisent souvent à la taille d’un écran et les discussions se limitent à 256 signes, l’idée d’une exposition nationale paraît presque démodée. C’est justement pour cette raison qu’elle est étonnamment actuelle. Les espaces physiques imposent la lenteur, l’écoute, la tolérance envers la différence. On est assis les uns en face des autres, sans touche pour couper le son, sans algorithme pour nous approuver.

 

Les expositions nationales n’ont jamais été une simple vitrine du progrès. Elles ont été, dans le meilleur des cas, des expériences sociales. Comment se parler? Qu’est-ce qui nous unit face à la diversification des origines, des projets de vie et des vérités? C’est peut-être là leur fonction première actuellement: non pas fournir de réponses mais permettre des discussions. Car la cohésion ne naît pas dans le fil d’actualité. Elle naît là où les gens restent alors qu’ils pourraient partir.

 

Signé de Marco Canonica, membre de la direction de projet de Svizra27